la pédagogie

Les successions écologiques

Les éco­sys­tèmes au cours de leurs évo­lu­tions, se suc­cèdent, passent par dif­fé­rents états et pro­gressent jus­qu’à atteindre le stade ultime appe­lé « LE CLIMAX », c’est-à-dire, le point culmi­nant de richesse et de com­plexi­té. Il s’a­git d’une évo­lu­tion lente, d’une intel­li­gence remar­quable et qui offre une richesse ines­ti­mable.
Il était une fois…
Une terre nue, un sol comme celui qui est for­mé par les vol­cans ou après la fonte des gla­ciers.

Peu à peu, un petit monde micro­sco­pique s’active, fixant l’azote de l’air, pra­ti­quant la pho­to­syn­thèse, dis­sol­vant la roche… Ce qui engendre une fine couche de matières orga­niques prête à accueillir les mousses et les lichens.

Après un long tra­vail pré­pa­ra­toire, les pre­miers végé­taux, plus évo­lués et un peu plus grands vont appa­raître. Ils vont recou­vrir le sol et le pro­té­ger, afin qu’il conti­nue de se for­mer. La strate her­ba­cée avec son sys­tème raci­naire est capable d’aller cher­cher les miné­raux direc­te­ment dans la roche qui va ain­si se déli­ter. Ces plantes vont conduire l’écosystème vers une pro­duc­tion de matières orga­niques de plus en plus dense. Au tra­vers de leurs nom­breux cycles courts, elles créent un sol pro­pice pour les sui­vants.

Au fur et à mesure vont s’installer des plantes au déve­lop­pe­ment un peu plus long. Ce sont des plantes vivaces, encore her­ba­cées, aux sys­tèmes raci­naires tou­jours plus déve­lop­pés, comme par exemple les plantes dites médi­ci­nales, comes­tibles et remi­né­ra­li­santes : plan­tain, ortie, pis­sen­lit, ché­no­pode, ama­rante, achil­lée, bour­rache, etc… Les gra­mi­nées aux sys­tèmes raci­naires fas­ci­cu­lés, vont for­mer un épais filet de pro­tec­tion pour rete­nir la terre. Il se den­si­fie encore plus avec la tonte de l’herbivore, empê­chant la terre de s’échapper même lors des grosses pluies. Ce sont les fameuses « mau­vaises herbes » très résis­tantes, puisque leur objec­tif est celui du cli­max !

A ce stade de l’évolution, le sol est assez épais pour accueillir la strate ligneuse, dont le rôle est de per­mettre aux arbres pion­niers de s’installer. Voi­ci les ronces et les églan­tiers, avec leurs épines qui piquent et leurs tanins qui freinent la diges­tion, afin d’assurer la pro­tec­tion des jeunes pousses d’arbres contre les her­bi­vores. Et parce que la nature est bien faite, ces ronces forment des buis­sons impé­né­trables qui invitent les oiseaux et autres petits ani­maux à s’y réfu­gier, à s’y nour­rir et à dépo­ser ain­si leurs déjec­tions conte­nant plein de semences … Ces graines semées, elles pour­ront pous­ser tran­quille­ment !

Enfin ! Nous voi­ci arri­vés au stade des pre­mières forêts. Des arbres dits « pion­niers », puisqu’ils vont eux aus­si contri­buer à pré­pa­rer les lieux pour la grande récep­tion du fameux cli­max. Ils poussent vite, pro­duisent beau­coup de semences et vont rapi­de­ment occu­per tout l’espace : aérien pour cap­ter la lumière et sou­ter­rain pour enfon­cer pro­fon­dé­ment leurs racines. Pri­vées de lumière, les ronces s’estompent. Pen­dant ce temps, les arbres poussent vite, puis meurent, tombent et se décom­posent aus­si rapi­de­ment, atti­rant une bio­di­ver­si­té d’insectes xylo­phages, de cham­pi­gnons et autres micro-orga­nismes pro­duc­teurs d’humus fores­tier. Le sol se fer­ti­lise de plus en plus, crée des réserves de nutri­ments, d’eau, des réseaux com­plexes de cham­pi­gnons sapro­phytes et myco­rhi­ziens. Les lieux sont deve­nus si attrac­tifs qu’ils attirent bon nombre d’animaux, inver­té­brés, oiseaux et mam­mi­fères. Ils sont essen­tiels dans l’apport nutri­tif et le trans­port des graines, leurs enfouis­se­ments et leurs ger­mi­na­tions. D’ailleurs, de nom­breuses graines ne germent que lorsqu’elles sont pas­sées par une diges­tion ani­male.

Après toutes ces phases d’évolutions, de coopé­ra­tions et de pré­pa­ra­tions, les arbres cli­ma­ciques s’implantent. A l’ombre de leurs congé­nères, qui leurs offrent un milieu adé­quat pour pous­ser tran­quille­ment dans un sol fer­tile et rem­pli de nutri­ments, ils se déve­loppent en bois denses, et vivent jusqu’à plu­sieurs cen­taines voir, par­fois, plu­sieurs mil­liers d’années. Chez nous, nous retrou­vons les chênes, l’orme, le tilleul, le meri­sier… et en cli­mat plus frais, le sapin, l’épicéa, le hêtre…

Cette suc­ces­sion éco­lo­gique ne se fait pas du jour au len­de­main. La nature est robuste et pérenne parce qu’elle prend son temps. Nous aus­si, nous sommes l’expression de la nature. Nous sommes invi­tés à ralen­tir for­te­ment et à réap­prendre à caler notre tem­po à la juste mesure, celle de la terre, avec ses rota­tions, ses cycles, ses sai­sons, ses périodes… Il ne s’agit plus de faire, mais plu­tôt de ces­ser de faire. Semer et obser­ver, cal­me­ment, la forêt qui pousse.


Pour plus d’in­for­ma­tion sur le fonc­tion­ne­ment des forêts, on vous invite à regar­der le docu­men­taire « il était une forêt »

  1. Le cycle de l’eau
  2. Fonc­tion­ne­ment des sols
  3. Fonc­tion­ne­ment de l’arbre
  4. Iden­ti­fier les arbres
  5. Les suc­ces­sions éco­lo­giques